Shutting down Parliament: The Arrogance of Power
by Michael Ignatieff l Leader of the Opposition
Leader of the Liberal Party of Canada
Member of Parliament for Etobicoke-Lakeshore
The first duty of leaders in a democratic society like ours is to respect the institutions that put constraints on their power. Messy. Inconvenient. Frustrating. Democracy is all those things. But as Churchill said, it is better than the alternatives.
A minority Parliament can be messy but it can work if the Prime Minister wants it too.
Last week the Harper government announced the shutting down of Parliament. The fact that this was done in the media "black hole," just hours before New Year's Eve, says a good deal about Mr. Harper's motivations. It's also a richly ironic statement about a government that was elected on the key plank of increasing transparency and accountability - but that's another, equally sad, story.
Every newspaper in Canada [...] reported that the key factor in Mr. Harper's decision was the barrage of criticism and tough questions his government has faced in Parliament over its handling - and apparent cover up - of the Afghan detainee torture issue. Questions about the government's truthfulness and its care of Canada's reputation overseas. Questions that go to the very heart of the government's respect for democratic institutions and the rule of law.
Even more troubling, this shutting down of Parliament is not a rash or impetuous act. It is part of a consistent pattern of behaviour on the part of Mr. Harper's government. Whenever Stephen Harper gets into political trouble, his first impulse is to steamroll over democratic institutions that get in his way. Look at the record:
* Just over a year ago, he prorogued Parliament just weeks after an election - in order to rescue himself from an unprecedented political and constitutional crisis of his own making.
* He has lashed out at public servants - like Richard Colvin, in the case of the detainees - for daring to speak the truth, and cowed others into silence,
* He fired Linda Keen, the head of the Nuclear Safety Commission, for blowing the whistle on the repairs needed at Chalk River to ensure the reactor's safety.
* He starved Kevin Page, the Parliamentary Budget Officer, of the necessary resources to do his job because he was critical of the poor management of our public finances under this Conservative government.
* He let go the heads of both the RCMP's Public Complaints Commission and the Military Police Complaints Commission. Both were competent individuals, doing their job with distinction. But both had a serious flaw in Stephen Harper's eye: they were critical of the government.
* He cut off public funding for the ecumenical charitable group KAIROS, despite their lauded work and broad public support, because, according to one of his ministers, they held a dissenting views from the government on foreign policy,
This approach to government - intimidating all who stand in its way - can have severe and corrosive consequences. Look at our nation's capital today: a cowed and demoralized public service and a constantly bullied national press gallery, both trying to serve a disenchanted public.
The Government's behaviour speaks to a deep cynicism. Mr. Harper is gambling that the public doesn't care how it is governed. In fact, in many ways it furthers his political interest to fuel public distrust about politics and depress even further voter turnouts in elections, since this strengthens the electoral impact of his "base."
Last week's shutting down of Parliament was a key moment. A turning point? Too dramatic. In any case, too early to tell. More important, it was one of those moments of supreme clarity. The audacity. The epic scale of the cynicism. The arrogance of a regime that thinks it can get away with just about anything.
What's to be done about it? Well, the sooner the House comes back, the better. But between now and then, we have to share our concerns with Canadians. Mr. Harper may not want to face the public, but we will get out there and meet Canadians in universities, in town hall meetings and other public events from coast to coast to coast. We will seek their views and exchange ideas. We will go on doing our job of holding the government to account on the Afghan detainee issue, but also on their failure to act on climate change, on the growing youth employment crisis and retirement security for older Canadians.
Shutting down Parliament has raised speculation about a spring election. Certainly, there is no need for an early election. Three in less than six years is enough for the next while. In case anyone missed it, I got that message loud and clear from Canadians last fall. And that message was not only addressed to me.
As I hear them, Canadians are saying: get back to work in Ottawa, make this Parliament work and do the job we elected you to do. We are listening. It is time that Stephen Harper did too.
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ARTICLE D'OPINION
Pour diffusion immédiate
Le 5 janvier 2010
On ferme le Parlement: l'arrogance du pouvoir
MICHAEL IGNATIEFF
Chef de l'Opposition
Chef du Parti libéral du Canada
Député d'Etobicoke-Lakeshore
Le premier devoir des dirigeants dans une société démocratique comme la nôtre est de respecter les institutions qui limitent leur pouvoir.
Oui, la démocratie peut être difficile. Oui, elle est contraignante. Oui, elle est contrariante. Tout cela est vrai. Mais, comme Churchill l'a dit, la démocratie est la meilleure des alternatives.
Un gouvernement minoritaire peut être compliqué mais il peut fonctionner si le Premier ministre le veut bien.
La semaine dernière, le gouvernement Harper a annoncé qu'il mettait un terme aux travaux du Parlement. Et le fait que cela ait été annoncé à quelques heures à peine du jour de l'an -- pendant la période durant laquelle les médias sont moins vigileants - en dit long sur les motivations de M. Harper. Quelle ironie pour un gouvernement qui s'est fait élire en promettant d'accroître transparence et reddition de comptes. Mais cela, malheureusement, est une autre histoire.
Selon tous les journaux du pays - dont celui-ci - le facteur qui a pesé le plus dans la décision de M. Harper a été les nombreuses critiques et les questions difficiles au Parlement sur sa gestion des cas de torture de détenus afghans - y compris sur ses tentatives possibles d'étouffer l'affaire. Des questions sur l'honnêteté de ce gouvernement et sur sa responsabilité à maintenir la réputation du Canada à l'étranger. Des questions qui sont fondamentales, car elles touchent le respect du gouvernement envers les institutions démocratiques et envers la primauté du droit.
Plus troublant encore, la fermeture du Parlement était un acte réfléchi qui témoigne d'une constance dans le comportement du gouvernement de Stephen Harper. Chaque fois que Stephen Harper se met dans le pétrin, il a pour habitude de bafouer les institutions démocratiques qui lui barrent la route. Faisons le bilan :
* Il y a un peu plus d'un an, Stephen Harper a mis un terme aux travaux parlementaires quelques semaines à peine après une élection pour se tirer d'une crise politique et constitutionnelle sans précédent qu'il avait créée de toutes pièces.
* Il s'en est pris à des fonctionnaires de carrière, tels que Richard Colvin dans l'affaire des détenus Afghans, qui ont osé dire la vérité et il en a intimidé d'autres pour les museler.
* Il a congédié Linda Keen, la directrice de la Commission canadienne de sureté nucléaire, parce qu'elle a prévenu que des réparations étaient nécessaires pour que la centrale nucléaire de Chalk River soit sécuritaire.
* Il a privé Kevin Page, le directeur parlementaire du budget, des ressources qui lui étaient nécessaires pour son travail parce que ce dernier était critique au sujet de la mauvaise gestion des finances publiques du gouvernement conservateur.
* Il a congédié les directeurs de la Commission des plaintes du public contre la GRC et de la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire. L'un et l'autre étaient des personnes compétentes qui faisaient un excellent travail. Mais aux yeux de Stephen Harper, ils avaient tous deux un gros défaut : ils étaient critiques face au gouvernement.
* Il a coupé les fonds publics à l'organisation caritative ¦cuménique KAIROS, qui est pourtant louée pour son travail et qui jouit d'un vaste appui public, parce que selon un ministre de son gouvernement, elle avait des vues divergentes de celles du gouvernement en matière de politique étrangère.
Gouverner en intimidant tous ceux qui sont sur son chemin peut avoir de graves conséquences à long terme. Voyez ce qu'est devenue notre capitale nationale : on y trouve des fonctionnaires démoralisés et une presse nationale constamment brimée qui tentent de servir une population désabusée.
L'attitude du gouvernement entraîne un profond cynisme. M. Harper mise sur l'idée que la population se moque de la façon dont le pays est gouverné. En réalité, à bien des égards, entretenir la méfiance du public envers la politique et à faire baisser encore plus la participation électorale, sert son intérêt politique puisque cela renforce l'impact électoral de sa « base ».
La fermeture du Parlement, décidée la semaine dernière, était un moment capital. Un tournant ? Non, ce serait trop dramatique. En tout cas, il est trop tôt pour dire à quel point. Mais surtout, c'était un moment de suprême clarté. On y a vu le culot, l'immense cynisme, l'arrogance d'un régime qui pense s'en tirer à bon compte dans presque tout.
Que doit-on faire ? Eh bien, plus vite le Parlement reprendra ses travaux, mieux ce sera. Mais d'ici là, nous devons faire part aux Canadiens de nos préoccupations. M. Harper n'a peut-être pas envie de faire face à la population, mais nous irons rencontrer les Canadiens dans les universités et dans des assemblées publiques d'un bout à l'autre du pays. Nous rechercherons leurs vues et échangerons des idées. Nous continuerons de faire notre travail, en demandant des comptes au gouvernement sur l'affaire des détenus afghans, sur son immobilisme face aux changements climatiques, sur la crise croissante de l'emploi chez les jeunes, ainsi que sur la sécurité des pensions des Canadiens plus âgés.
La fin de la session parlementaire a fait naître des spéculations au sujet d'élections ce printemps. Mais il n'est pas nécessaire de tenir des élections hâtives. Trois scrutins en moins de six ans, c'est bien assez pour un bout de temps. Au cas où on ne le saurait pas, je tiens à dire que j'ai très bien compris le message des Canadiens l'automne dernier. Et ce message n'était pas seulement destiné à moi.
De la façon dont j'entends les Canadiens, ils me disent : retournez au travail à Ottawa, faites fonctionner ce parlement et faites le travail pour lequel nous vous avons élu. Nous sommes à l'écoute. Il serait temps que Stephen Harper le soit aussi.
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